Petite psycho-biographie de Laure Boyer
D’une photo de famille en noir et
blanc sort, comme un clown de sa boîte, un visage à l’expression déterminée
et malicieuse : celui de Laure Boyer enfant. Dans ce regard, les jeux sont faits,
Laure Boyer appartient déjà aux antipodes : ceux de la vraie vie, des sentiments
exprimés et de l’intellect débridé. Tout ce qui fait sauter les a priori. Au tracé prédéterminé d’une vie
bourgeoise confortable et monotone, ses vingt ans préfèrent la distance
des voyages.
Le Vietnam l’accueille, jeune mariée
pleine de vie, allant le nez au vent des rencontres pour oublier
l’accablante tradition familiale où ne doivent
être côtoyés que les individus d’une seule et même caste… Son mari, écrivain dans l’âme et
pour la vie, incite d’autant plus Laure à s’émanciper de ce
monde ancien. Les soirées mondaines joyeuses se
succèdent mêlant les nationalités et les fonctions et permettant à
Laure de tirer le nectar des différences : terreau essentiel de
son futur parcours psychanalytique et pictural. Dès cette époque, Laure Boyer
recherche dans la peinture le meilleur moyen d’exprimer ce que
l’enfance a dû garder sous chape : l’intimité des
sentiments. Princesse d’un soir dans les
vapeurs de l’Extrême-Orient, le vernissage de sa première
exposition augure des lendemains de liberté. De retour en France, elle fait un
passage par les mots, en entrant dans le monde de l’édition. Mais ce dernier ne
nourrit pas suffisamment son amour des autres et son propre
questionnement existentiel. La psychanalyse va naturellement
s’imposer.
Laure Boyer fait ses études de psycho
et se lance aux heures foisonnantes de la psychanalyse. C’est du côté des enfants qu’elle
trouve les clés de sa pratique, intimement persuadée, du fait de
son propre parcours, qu’il faut agir tôt en créant du lien entre
les enfants et leurs parents. Créer du lien humain. Ce pourrait être
la plus courte et la plus représentative définition de Laure Boyer.
Ses toiles créent éminemment ce lien, dans un prolongement pictural
de sa pratique psychanalytique. En chemin, l’homme rencontre la bête.Autre lieu symbolique qui intrigue
l’artiste et la psychanalyste : la tauromachie. Sans doute parce que l’homme y
retrouve sa violence originelle et animale, comme en un miroir
fascinant, dans sa lutte à mort avec le taureau. La tauromachie vue aussi comme joute
avec le grand Autre… De manière générale, l’abstraction
que Laure met en scène inspire à celui qui regarde ses toiles un
questionnement intime sur le mystère de l’existence. La géométrie, les couleurs et les
formes offrent un monde et un langage universel. La géométrie crée
la limite qui permet d’être ensemble, les couleurs chatoyantes
donnent la vie, les formes et la matière - à la frontière entre le
réel et l’imaginaire - ouvrent des mondes à inventer.
Rien ne dit mieux l’universalité de
cette recherche picturale que l’enthousiasme d’un public
hétérogène la découvrant.
Il en va de même si l’on a la chance
de croiser Laure sur sa route…
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